L’écrivain

 

Publiés deux ans après sa mort, les trois volumes des Ecrits (1978) rassemblent les principaux textes de Gustave Roud. D’Adieu (1927) à Campagne perdue (1972), ces proses poétiques, aux longues périodes syntaxiques, reviennent constamment sur un rapport au paysage et au monde paysan qui engage la « quête » d’un accord dans le monde. Plus qu’une célébration du Haut-Jorat, d’une région du Canton de Vaud, ou d’un mode rural en perdition, les descriptions de Roud convoquent le cycle d’une redécouverte de la plénitude. Ancrée d’abord dans la solitude et le sentiment d’abandon, la figure du poète progresse vers une participation plus entière au réel, que celle-ci passe par l’intermédiaire du paysage (Air de la solitude), du rapport amical, voire érotique, au paysan (Essai pour un paradis), ou encore par la possibilité de retrouver un contact avec les morts (Requiem). Faisant sienne une injonction de Novalis – « Le paradis est dispersé sur tout la terre… Il faut réunir ses traits épars » –, Gustave Roud déploie la recherche d’un rapport sacré dans l’ici et maintenant, qu’il nomme le « paradis humain ». S’éloignant d’un registre idyllique traditionnel en poésie romande au XIXe siècle, cet auteur accentue la tension face à la plénitude, car « une vitre infrangible et pure » sépare tragiquement l’homme de l’espace accordé qu’il entrevoit. Outre cette « quête » constamment réitérée et le souffle ample de ses proses, un trait marquant de ce poète consiste également à s’être éloigné d’une célébration des paysages des Alpes ou du Lac Léman pour favoriser les paysages de la Plaine (Petit traité de la marche en plaine, 1932). Le Haut-Jorat devient ainsi un lieu non seulement pour chercher une ouverture poétique et métaphysique dans l’environnement immédiat, mais aussi pour affirmer une nouvelle esthétique, notamment face à la prédominance de Ramuz en Suisse romande.


Cet ensemble homogène regroupé dans les Ecrits a fréquemment occulté les formes multiples de l’œuvre littéraire de Roud. En effet, cet auteur a commencé par publier des poèmes en vers dès 1915 dans les Cahiers vaudois (voir les Cahiers Gustave Roud n° 1). Sa participation aux instances principales du champ poétique romand l’a en outre incité à poser une esthétique explicite. De 1929 à 1931, il est le secrétaire de rédaction de la revue Aujourd’hui, créée par Henry-Louis Mermod et dirigée par C. F. Ramuz. De 1936 à 1966, il fait partie du comité de lecture de la Guilde du livre. Il a livré de nombreux textes critiques qui montrent une puissance de ses conceptions esthétiques (cf. Lectures). En outre, il a publié de nombreuses traductions des romantiques allemands (Hölderlin, Novalis, Rilke), qui font pleinement écho à son œuvre.


Gustave Roud a également rédigé un journal d’une grande tenue (1982 – réédité en 2004) dont plusieurs passages servent de préfiguration aux textes poétiques.


Epistolier romand majeur, il entretient une correspondance avec les principales figures littéraires de 1929 à 1976. En lien avec les poètes majeurs de son temps (P.-L. Matthey, E.-H. Crisinel) et les critiques universitaires suisses (A. Béguin, M. Raymond), Gustave Roud a une fonction tutélaire dans la poésie romande moderne, malgré un retrait des centres urbains. Ces activités diverses et l’écho accordé à sa poésie ont fait de cet auteur une figure incontournable pour les poètes romands de l’après-guerre, et il sera souvent considéré comme un maître par des auteurs aujourd’hui reconnus (P. Jaccottet, M. Chappaz, J. Chessex…).




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