Le critique

Par son activité journalistique, Gustave Roud s’est imposé comme un critique d’art et de littérature particulièrement fin. Ses articles, qui dévoilent une rare faculté d’admiration et d’étonnement, traitent en large partie de ses maîtres (Rimbaud, Novalis, Hölderlin) ou de ses amis romands (Ramuz, Chappaz, Auberjonois), tout en excursionnant parfois vers des artistes plus inattendus sous sa plume (Breton, Dickinson, Leskov). Sur un ton humble mais toujours fervent, Roud interroge en profondeur des œuvres qui trouvent en lui des résonances existentielles et spirituelles marquantes. Privilégiant une approche esthétique et thématique, sans dissocier l’œuvre du sujet qui s’y figure, Roud s’intéresse aux expériences poétiques d’autrui à partir des préoccupations qui sont les siennes : des motifs comme le rapport au paysage, l’inadaptation au monde ou la qualité de la « voix » sont au cœur de ses études. Empreints de son regard subjectif, ses articles déploient des conceptions artistiques singulières, et contribuent en parallèle à nourrir la poétique de l’écrivain.

Gustave Roud, Page de couverture de l’édition de Salut à quelques peintres, Bibliothèque des arts.

Orientations de lecture

Deux ouvrages, édités par Doris Jakubec et Philippe Jaccottet, permettent de découvrir l’art critique de Gustave Roud : l’un regroupe ses principaux articles sur la littérature (Lectures, Éd. de l’Aire, 1988), l’autre sur la peinture (Salut à quelques peintres, La Bibliothèque des Arts, 1999). Quant aux textes sur Ramuz, qui a fait l’objet d’un intérêt constant pour Roud, ils sont réunis à part (Avec Ramuz, Éd. de l’Aire, 1985). Citons enfin, parmi les articles les plus élaborés, celui consacré à la figure d’un « Rimbaud paysan » (Vues sur Rimbaud, éd. Antonio Rodriguez, Fata Morgana, 2010).