Le diariste

Dès son adolescence, Gustave Roud a rédigé un journal, resté privé jusqu’à sa mort. Élaboré sur des supports matériels variés, celui-ci présente avant tout une fonction mémorielle et esthétique : il permet à l’écrivain de capter sur le vif, parfois lors de ses promenades en plein air, quelques instants saisissants. L’écriture se distingue toutefois par sa haute tenue, si bien que de nombreuses notes préfigurent des poèmes ultérieurs où elles seront effectivement reprises et réécrites : comme un atelier, le journal se situe souvent aux origines de la création poétique. Cette activité diaristique expose en outre la personnalité inquiète de Roud, hantée de désirs et de doutes, tout en retraçant sa quête spirituelle. Si l’écrivain s’interroge sur son travail et sa vocation, il exprime aussi sa mélancolie devant sa solitude, sa « différence » ou le tragique de son existence. Douloureusement introspectif, quoique toujours pudique, ce journal délivre un autoportrait émouvant de l’auteur, qui fluctue au rythme des saisons et des émois quotidiens.

Gustave Roud, Page manuscrite du journal, Fonds Gustave Roud, CRLR.

Orientations de lecture

Le journal de Roud a fait l’objet d’une première édition sélective (Bertil Galland, 1982), où Philippe Jaccottet a retenu les extraits les plus « poétiques » au détriment des notes plus circonstancielles ou référentielles. À la suite de ce travail de valorisation, une deuxième édition, plus érudite et complète, a été établie par Claire Jaquier et Anne-Lise Delacrétaz (Empreintes, 2004), qui montre que le charme du journal réside aussi dans les contrastes et les discontinuités de l’écriture quotidienne. Notons par ailleurs que la pratique diaristique de Roud a intéressé plusieurs critiques, et non des moindres : Jean Rousset lui a consacré un  article fondateur en 1987 (Cahiers Gustave Roud n° 5).