Bien que la musique occupe une place plus discrète que la peinture dans la production de Roud, sa présence n’en est pas moins intense. Dans son Journal et dans sa correspondance, l’écrivain témoigne de son attirance pour des compositeurs tels que Haendel, Vivaldi, Haydn, Alban Berg, et plus encore pour Schubert et Bach. Ces deux derniers musiciens représentent des modèles esthétiques en tension : si l’un vaut pour le lyrisme mélodique de ses lieder, l’autre importe pour la construction harmonique de ses fugues. De manière générale, Roud a plusieurs fois insisté sur la « musicalité » de la langue, et ses poèmes recourent volontiers aux métaphores musicales.

L’écrivain éprouve surtout une grande affinité pour les cycles de Schubert et du poète Wilhelm Müller. Le Winterreise hante l’imaginaire du poète qui se figure lui aussi comme un « Wanderer » solitaire et mélancolique, au point que le dernier texte d’Air de la solitude intègre des extraits traduits du texte de Müller. Roud cite également des vers de Die Schöne Müllerin dans le poème « Lettre » du même recueil. De fait, dès 1935, il a eu le projet de traduire ce cycle – dont seule une version du dernier poème a été réalisée, recueillie par Jaccottet dans Traductions éparses (Cahiers Gustave Roud n° 3).